Interventions américaines en Amérique latine : une longue histoire de contradictions

Interventions américaines en Amérique latine : une longue histoire de contradictions

Jan 5, 2026 - 14:39
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Interventions américaines en Amérique latine : une longue histoire de contradictions

Donald Trump, qui a récemment gracié un ancien dirigeant latino-américain condamné pour trafic de drogue, a lancé une action militaire contre un autre chef d’État qu’il accuse d’expédier drogue et criminels vers les États-Unis. Cette nouvelle opération s’inscrit dans une longue tradition d’ingérences américaines en Amérique latine, une région familière des interventions de son puissant voisin du Nord.

L’histoire militaire des États-Unis dans la zone est marquée par des revirements spectaculaires, des alliances changeantes et parfois des erreurs embarrassantes. Au Panamá, des soldats américains ont un jour confondu des tamales — un plat traditionnel précolombien — avec de la cocaïne. Au Mexique, l’armée américaine a poursuivi pendant des mois un ancien allié devenu ennemi sans jamais parvenir à le capturer. À cela s’ajoutent les opérations clandestines de la CIA et des scandales retentissants comme l’affaire Iran-Contra.

Aujourd’hui, Washington affirme avoir capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro afin de le juger aux États-Unis, après avoir mené ce qu’il qualifie d’« attaque de grande envergure » contre le Venezuela. Cette opération survient dans un contexte de tensions accrues, notamment après des interventions navales américaines dans les Caraïbes ayant causé la mort de dizaines de personnes accusées de trafic de drogue.

Une tradition ancienne de changements de régime

Les interventions américaines en Amérique latine remontent à la fin du XIXᵉ siècle. En 1898, la guerre hispano-américaine marque un tournant. À la suite de l’explosion mystérieuse du cuirassé USS Maine dans le port de La Havane, les États-Unis déclarent la guerre à l’Espagne. Le conflit aboutit à la perte de Cuba par Madrid et à l’annexion de Porto Rico, Guam et des Philippines par Washington. Cette période inaugure plusieurs décennies d’interventions militaires, connues sous le nom de « guerres de la banane ».

En 1912, les Marines occupent le Nicaragua pendant plus de vingt ans sous prétexte de protéger les intérêts américains. Deux ans plus tard, au Mexique, un incident impliquant l’arrestation de marins américains sert de justification à l’occupation du port de Veracruz pendant sept mois.

Haïti connaît à son tour une intervention en 1915, officiellement pour rétablir l’ordre après l’assassinat de son président. Les troupes américaines resteront sur place jusqu’en 1934, après avoir pris le contrôle des finances du pays.

Alliés d’hier, ennemis d’aujourd’hui

L’exemple de Pancho Villa illustre la volatilité des alliances américaines. Soutenu un temps par Washington, le chef révolutionnaire mexicain devient ensuite une cible. Malgré une expédition militaire d’envergure lancée en 1916 pour le capturer, les États-Unis échouent, renforçant paradoxalement la popularité de Villa au Mexique.

Cette logique se répète durant la guerre froide. En 1983, les États-Unis envahissent la Grenade pour renverser un gouvernement jugé trop proche de l’URSS. En 1989, ils interviennent au Panamá pour arrêter Manuel Noriega, ancien allié de la CIA devenu encombrant, accusé de narcotrafic.

Haïti, un cas récurrent

En 1994, les troupes américaines reviennent en Haïti pour rétablir le président élu Jean-Bertrand Aristide. Dix ans plus tard, celui-ci est de nouveau renversé, avec l’implication des États-Unis et de la France, illustrant une fois de plus la complexité et l’ambiguïté des politiques étrangères occidentales dans la région.

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